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  • Gilles Peress, Le silence (1996)

    Gilles Peress, Le silence (1996)

  • Gilles Peress, Le silence (1996)

    Gilles Peress, Le silence (1996)

  • Willie Doherty, Small acts of deception (1997)

    Willie Doherty, Small acts of deception (1997)

  • Marie-Jeanne Musiol

    Marie-Jeanne Musiol

  • Une autre actualité, la photographie d'événement face à la terreur

    Une autre actualité, la photographie d’événement face à la terreur


Une autre actualité, la photographie d'événement face à la terreur


Willie Doherty, Marie-Jeanne Musiol, Gilles Peress
25 janvier au 25 février 2001

La catastrophe est sans contredit l’événement le plus spontanément propulsé au palmarès des actualités. Et c’est quotidiennement que les représentations médiatiques de la terreur démocratisent notre expérience de l’histoire. Entre exacerbation et occultation de l’horreur, quelle place attribuer à la photographie actuelle? Les travaux de Willie Doherty (Irlande du Nord), Marie-Jeanne Musiol (Canada) et Gilles Peress (États-Unis) creusent encore davantage l’écart entre les pôles extrêmes de cet antagonisme. C’est ainsi qu’originaire de Derry, Willie Doherty, qui élabore depuis les années quatre-vingt une nouvelle iconographie du conflit en Ulster, représente des « anti-scoops », des événements négatifs parfaitement opaques à l’interprétation journalistique. Si le mutisme des images de Doherty introduit l’hypothèse du pire, les photographies de Gilles Peress, membre de Magnum qui, dès le début des années quatre-vingt dix, tente de renouveler les modes de diffusion de l’image de presse, accusent. Par l’expression d’une violence ultime certes, mais surtout par la dénonciation, au moyen de représentations réalisées en 1994 au Rwanda, des failles juridiques en matière de sauvetage humanitaire. Alors que le document de presse insiste sur le choc de l’actualité, les œuvres de Marie-Jeanne Musiol proposent une méditation sur la durée. À huit reprises, Musiol s’est rendue à Birkenau afin de réaliser des photographies de la nature environnant les installations concentrationnaires : ruisseau, étang, boisé, sentiers et autres « zones » périphériques constituent son répertoire iconographique. Prenant le parti de ne jamais montrer directement les bâtiments et autres vestiges architecturaux de la shoah, optant ainsi pour une discrétion absolue, la photographe prend à contre-pied tous les poncifs de la « photographie événementielle ». Aujourd’hui que prolifèrent encore, au Québec comme ailleurs, les pratiques photographiques orientées vers une exploration de l’intime, de la sphère du privé, du familier, de l’anecdote et de l’infra-événement, il est impératif de reconnaître celles qui osent, car cela est semble-t-il devenu audacieux, appréhender l’histoire, l’actualité et l’événement.

- Vincent Lavoie


Historien et critique d’art, Vincent Lavoie est lauréat en 1999 de la bourse Lisette Model/JosephG. Blum (Photographie) du Musée des beaux-arts du Canada où il a occupé le poste de conservateur adjoint de la collection de photographies. Paraîtra ce printemps aux Éditions Dazibao L’instant-monument, La photographie, du fait divers à l’humanitaire, un ouvrage inspiré de sa thèse de doctorat (Paris I, Panthéon-Sorbonne).

L’œuvre de l’artiste irlandais Willie Doherty s’articule autour d’une question : comment représenter le conflit en Ulster? Depuis le début des années 1990, l’essentiel de son travail photographique remet en cause le traitement médiatique des troubles en Irlande du Nord. Aux traditionnelles iconographies de la terreur, il oppose des photographies montrant des théâtres d’affrontements passés et potentiels, des zones dites sensibles, des territoires frontaliers, autant de lieux cependant dépourvus d’actions manifestes. Outre des travaux photographiques et des interventions publiques, Willie Doherty réalise des installations vidéos — The Only Good One is a Dead One, 1993; Control Zone, 1999 — où il aborde le problème de la télésurveillance et de l’anticipation terroriste. Lauréat en 1999 de la bourse DAAD (Berlin), il a réalisé un projet portant sur les archives de la Stasi. Les travaux de Willie Doherty font l’objet d’importantes expositions dans les galeries et musées internationaux.

La question de la transmission de la mémoire vive est au fondement de l’œuvre de Marie-Jeanne Musiol qui, depuis la fin des années quatre-vingt, élabore une réflexion sur la valeur testimoniale de l’image photographique. De nombreux séjours à Auschwitz ont nourri la méditation de l’artiste qui réalise à l’issue de ses visites trois importantes installations photographiques : Et encore, de la poussière, 1995; Études (Quand la terre retient), 1996; Dans l’ombre de la forêt (Auschwitz-Birkenau), 1998. Aucune des installations concentrationnaires n’est représentée. Plutôt que l’épicentre du drame, l’artiste a photographié la nature environnante. Parallèlement à son travail photographique, Marie-Jeanne Musiol a publié plusieurs articles ainsi que des livres d’artistes à tirage limité dans lesquels photographies et textes se croisent : Le trou de l’histoire (1989), Sept ouvertures (1991) et In the Shadow of the Forest (1998). Ses installations photographiques ont été exposées dans les centres d’artistes et les galeries publiques au Canada et à l’étranger.

Membre de l’agence photographique Magnum depuis 1974, Gilles Peress est l’auteur d’importants travaux parmi lesquels Telex Iran : In the Name of Revolution, un reportage sur les tensions entre cultures iranienne et américaine lors de la crise des otages en 1979. Gilles Peress s’intéresse plus particulièrement aux manifestations d’intolérance issues du néonationalisme d’après-guerre. C’est ainsi que sous le titre « Hate Thy Brother », un projet qu’il mène depuis les années 1970, sont regroupés des travaux portant sur la guerre en Bosnie (Farewell to Bosnia, 1993), le génocide au Rwanda (The Silence, 1994) et la lutte pour les droits civils en Irlande (Power in the Blood: Photographs of the North of Ireland, 1997). Outre la publication de ses reportages, Gilles Peress réalise des installations qu’il conçoit comme un mode de diffusion complémentaire à l’édition.




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